Quand on a commencé à s'en prendre aux flics, je n'ai rien trouvé à y redire.

Quand on a commencé à s'en prendre aux pompiers, je n'ai rien trouvé à y redire.

Quand on a commencé à s'en prendre au facteur, je n'ai rien trouvé à y redire.

Quand on a commencé à s'en prendre aux petits vieux, je n'ai rien trouvé à y redire.

Quand on a commencé à s'en prendre aux commerçants, je n'ai rien trouvé à y redire.

Quand on a commencé à s'en prendre aux profs et aux guichetières de la fonction publique, je n'ai rien trouvé à y redire.

Quand on a commencé à s'en prendre aux personnels de santé, je n'ai rien trouvé à y redire.

Quand on a commencé à s'en prendre à tout ce qui n'entre pas dans la non-pensée unique, le brushing unique, le look unique, je n'ai rien trouvé à y redire.

Quand on a commencé à s'en prendre à des femmes et à des enfants, je n'ai rien trouvé à y redire.

(...) 

Je n'ai rien trouvé à y redire car c'est souvent moi qui ai été le boute-feu, sur commande partisane ou gouvernementale. Voilà des années que je traque les signes du fascisme dans le moindre comportement social, le moindre jeu prétendumment innocent des petites têtes blondes, surtout blondes. Voilà des années que je lutte contre ces phénomènes aussi abominables et omniprésents que le racisme, l'antisémitisme et les gens qui bossent à l'école, ainsi que contre ceux qui me rétorquent que tout ceci existe principalement dans leur poste radio ou TV et qu'ils ont surtout l'occasion de voir que la fraternité, la tolérance et l'amitié entre les peuples cachent des stratégies pour les faire taire et leur soutirer un max d'argent dont la communauté nationale (encore un mot qui pue) ne verra plus jamais la couleur. Non mais quelle bande de sales fachos, va! Voilà des années que je n'ai plus d'empathie pour les victimes car les victimes sont rarement blanches comme neige et les prétendus agresseurs sont loin d'être l'alpha et l'omega des salauds.

Quand on a commencé à s'en prendre aux journalistes, ceux de gauche, les seuls, les vrais je précise, j'ai trouvé ça pas juste. Mais il n'y avait plus personne en-dehors du sérail politico-mondain pour me témoigner la moindre empathie. Trop de fois j'aurais présenté des victimes comme provocateurs et des bourreaux sadiques et décérébrés comme des victimes et des poètes incompris? (Bah, le dernier CD de Bertrand Cantat vient de sortir). Trop de fois j'aurais joué les curés et les inquisiteurs, sermonné la basse populace pour lui faire comprendre que tous ses malheurs viennent des péchés originels de l'esclavage, de la shoah et de la non-valorisation des dyslexiques surdoués précoces? Jéhovah pas le rapport. 

Tant pis, ce salaud là je vais balancer son portrait dans toute la presse, je pousserai suffisamment de cris prolongés à base de "a" "i" "o" pour que le jury le condamne à une bonne peine de prison ferme... et tant qu'on y est je mettrai son geste sur le compte de l'agitation malsaine menée par les nazis du FN contre notre bien aimé gouvernement. Dire que tout ça, ce sera encore la faute à l'Allemagne!